Comment peut-on être ‘bobo’?

Comment peut-on être ‘bobo’?
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 Résultats complet. 

YouGov a réalisé pour Slate.fr un sondage représentatif visant à cerner la définition du ‘Bobo’.

Si en théorie, ‘bobo’ signifie ‘bourgeois bohèmes’, le terme reste mal défini.  et ne recouvre ni un ensemble ni stable ni cohérent. Des hipsters à vélo, à la ‘gauche caviar’, du canal Saint Martin à Paris, au XVI° arrondissement, chacun peut y voir ce qu’il souhaite, à tel point que le terme est utilisé pour désigner des réalités très différentes.

Cette étude vise à défricher cette notion en proposant à un échantillon représentatif de la population adulte française (961 personnes – méthode des quotas) des questions sur la notion de ‘Bobo’. Il en ressort qu’en dépit d’un consensus relatif sur les attributs des bobos, vu comme un individu riche, urbain, éduqué, égoïste et parfois hypocrite, les réalités empiriques recouvertes par le terme sont moins claires. Ainsi des personnalités objectivement très différentes pourront être regroupées sous le même terme porte-manteau de ‘bobo’.

 

Le ‘Bobo’, un concept relativement stabilisé et homogène sur le papier...

                Fonctionnant sur la base de modèles typiques auquels cette idée pourrait être associée, le sondage a interrogé la population sur les professions qui correspondent le mieux à la notion de ‘bobo’. Les professions arrivant en tête sont ainsi artistes, enseignants du supérieur, journalistes et architectes. Ainsi les professions des arts et lettres arrivent en tête indépendamment du positionnement politique, du genre ou de l’âge.

De la même façon, les thèmes politiques de prédilection des ‘bobos’ font aussi l’objet d’une certaine unanimité de la part des sondés. Certaines thématiques, comme la protection de l’environnement, la culture les libertés individuelles et l’éducation arrivent en tête (respectivement 31%, 24% 18% et 13%) sans grandes variation entre les groupes. 

Les questions économiques ou régaliennes sont, à l'inverse, vues comme moins importantes aux yeux des ‘bobos’. Le soutien aux sites industriels en difficulté, la réduction de la dette, l’innovation, la défense ou les relations internationales arrivent en fin de classement. C’est donc autour des  questions culturelles que le terme s’est construit.

                Toujours sur le papier les traits de caractère des bobos sont unanimement partagés. Nous avons testé 12 paires d’adjectifs (riche / pauvre, égoïstes / généreux) en demandant aux répondants de choisir ceux qui s’appliquent bien à terme de ‘bobo’. Viennent ainsi en tête – dans toutes les catégories d’âge , de genre et d’appartenance politique : ‘tape à l’œil’ (33%)‘riches’ (32)‘détachés des réalités (32%), ‘hypocrites’(28%) ‘urbains’ (28%) et égoïstes (24%)… leurs équivalents plus ‘positifs’ étant, eux, relégués en fin de classement. Ces termes semblent confirmer l’analyse des questions ouvertes : le bobo est généralement mal vu dans l’opinion publique. 

Enfin, le capital culturel semble peu pertinent dans la définition du bobo par l’opinion. Le bobo est loin de constituer l’idéal type du dominant-dominant bourdieusien (fort capital culturel et fort capital économique), le critère d’éducation n’est sélectionné que par 8% des répondants, la richesse et le tape-à-l’œil étant jugé bien plus pertinents.

Si le critère d’éducation n’est pas jugé incontournable dans la définition des bobos, certaines pratiques culturelles sont très largement reconnues comme propres à ce groupe. L’art contemporain, le Nouvel Observateur, Sartre, Houellebecq, les Inrocks, Canal + et le canard enchainé sont ainsi jugées ‘bobos’. Plus qu’un critère de légitimité culturelle, c’est la logique d’éclectisme qui prévaut – l’art contemporain plutôt que les peintres flamands, le cinéma étranger non américain plutôt qu’américain, les Inrocks plutôt que France Inter, ce qui interdit ainsi de faire des bobos un simple synonyme d'élite en général.

…Sauf chez les jeunes

Le groupe des 18-34 ans se démarque cependant du reste de la population. Ce groupe adhère moins à ces définitions et aucune catégorisation précise n’émerge réellement. Sur les professions ou sujets de préoccupation politique, aucune modalité de réponse ne dépasse 20% - à l’exception de la réponse ‘artiste’ à la première question. Cette dilution des réponses semblerait indiquer une vision un peu moins polarisée des ‘bobos’, et que le concept soit construit – dans cette catégorie - à partir d’éléments moins ‘objectivables’ que le reste de la population.

 L’analyse des réponses ouvertes indique qu’ils accordent plus d’importance au  mode de vie (cuisine, vélo, sociabilité, Paris…), ce qui ferait des bobos plus une question de style que de groupe social disposant d’une existence objective.

De la même façon le point de vue sur les bobos est moins négatifs parmi les moins de 35 ans – différentiel de 23 points sur ‘tape à l’œil’, et ‘détachés des réalités’, 11 points sur hypocrites, et 15 sur égoïstes entre les moins de 35 ans et les plus de 55 ans. Sans faire preuve d’un amour débordant pour la figure du bobo, les jeunes y sont toutefois moins réfractaires. 

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